jeudi 8 décembre 2016

Papier s'il vous plaît

C'est au 142 rue Montmartre à Paris, qui abritait à l'époque les locaux du journal L'Aurore, que le 12 janvier 1898 Emile Zola remit un texte qui allait marquer l'Histoire à Georges Clémenceau, alors rédacteur en chef; son célèbre "J'accuse".

C'est aussi au 142 rue Montmartre que, le 8 décembre 2016, je suis venue apporter ma contribution à la postérité en participant à une rencontre au sommet sensée révolutionner les habitudes de consommation des français : une table ronde sur le papier toilette. Chacun son truc.

J'ai déjà participé à des réunions de consommateurs, c'est plutôt sympa, on est bien accueilli, y a du thé et des gâteaux, et on repart avec un chèque. Moi aimer repartir avec des chèques. Moi contente.  Mais jusque-là j'avais seulement donné mon avis sur le forum d'un opérateur de téléphonie mobile, ou sur une marque de thon en boîte, ce qui est tout de même légèrement moins intime que de débattre avec des inconnus de la façon dont je m'essuie les miches.

Nous étions huit femmes cette après-midi, à débarquer au compte-goutte à l'accueil et essayer de garder une contenance en expliquant être là "pour le papier toilette".

Une fois dans la salle de réunion, le maître de cérémonie nous a présenté un paquet de rouleaux d'une certaine marque en nous demandant si on connaissait ce produit. Un paquet de 6 rouleaux. Blancs. Comme environ 99,3 % des paquets qu'on trouve dans le commerce.
Une fille a répondu que oui, qu'elle n'en avait pas encore acheté à titre personnel mais qu'elle l'avait déjà utilisé chez sa soeur.

Ok, je sais pas vous, mais à moins d'avoir affaire à des feuilles jaune fluo avec le faciès de Eric Zemmour imprimé dessus, moi je suis incapable de différencier une marque de PQ d'une autre, et quand je fais une halte pipi/caca ailleurs que chez moi, je n'ai jamais la présence d'esprit d'étudier le motif ou l'épaisseur du matos hygiénique de mes hôtes.

Avez-vous déjà eu à répondre sérieusement à la question "Qu'attendez-vous d'un papier toilette"?
Avez-vous déjà réfléchi à tous les enjeux qui se jouent au moment de l'achat de vos rouleaux pour le confort de votre zone génito-anale? Moi, bien trop peu, jusqu'à ce que je me surprenne aujourd'hui à comparer 8 feuilles entre elles en balançant des "celle-ci est douce au milieu mais trop rêche sur les côtés", ou "j'aime cette épaisseur, cette variété a l'air bien plus résistante.".

Ça a duré deux heures et demie, au cours desquelles j'ai eu l'impression de pénétrer dans le jardin secret de sept femmes dont je ne connaîtrai jamais les noms mais dont je sais désormais que l'une n'utilise du papier que pour les "finitions" après avoir passé un coup de jet d'eau, qu'une autre aime "faire des boules" avec le papier tandis que sa voisine préfère l'enrouler autour de sa main pour s'essuyer...
Sept femmes avec lesquelles j'ai partagé aujourd'hui le même désir de résistance, de propreté, d'absorption optimale et de douceur pour nos délicats fessiers...

Merci pour ce moment (et pour les 50 euros)


lundi 28 décembre 2015

Jean-Pierre



Il y a une semaine, j’étais dans un bar sympathique de mon quartier avec une rousse amie. Je sais que c’est tellement inhabituel que ça perforera le fondement de plus d’un, mais c’est ainsi, parfois je sors pour boire.

Quand je suis arrivée, il y avait ce grand type qui fumait une cigarette sur le trottoir et qui m’a dévisagé avec insistance, mais je me suis dit qu’il me trouvait juste excessivement sublime, ou tout l’inverse, ou que j’avais peut-être une fiente de pigeon dans les cheveux (j’ai souvent une fiente de pigeon dans les cheveux.)

J’ai commandé ma pinte, j’ai parqué mon imposant séant dans le canapé du fond et quand ma rousse amie est arrivée, nous avons fait ce que font habituellement deux femmes seules dans un bar ; on a twerké sur les Lacs du Connemara et on s’est roulé des grosses pelles bruyantes dans l’espoir d’attirer quelques mâles égarés (mais en fait non, hein)...

Quand je suis allée chercher une nouvelle pinte au bar, le type de tout à l’heure était accoudé au comptoir ; je sentais qu’il me fixait encore mais je faisais mine d’être absolument fascinée par un vieux sous-bock en fin de vie échoué sur le zinc pour détourner le regard. Ça n’a pas marché car le type m’a lancé :

- Tu t’appelles Georges, non ?

C’est effectivement comme ça que je m’appelle (officieusement), j’ai donc bien été obligée d’acquiescer. C’est à ce moment-là que je me suis souvenue que dans une autre vie où j’avais particulièrement le feu aux fesses, j’ai enchaîné un certain nombre de rencontres furtives, toutes oubliées pour la plupart, et que ce monsieur était inclut dans ce certain nombre. Il m’a fait remarquer que je ne l’avais jamais recontacté, ce qui était indéniable. Il n’y avait aucune raison particulière à ça, il n’y était pour rien, simplement à l’époque je ne voyais pas bien ce que je pouvais partager de plus avec un homme que quelques verres et éventuellement à bout de lit. Je me souvenais de lui, maintenant, et même vaguement de l’endroit où nous nous étions rencontrés la première fois, mais… c’était tout. Alors j'ai préféré la jouer honnête.

- Je… je suis désolée mais je ne me rappelle plus de ton prénom.

- Jean-Pierre.

- Hahaha !

J’ai gloussé de manière parfaitement idiote; elle était bien bonne celle-là ! Genre tu t’appelles Jean-Pierre, et moi c’est Marisol-Gertrude, lolilol mec !
Sauf qu’elle était pas si bonne que ça, en fait, parce que c’était son vrai prénom.

J’ai bafouillé quelque chose avec quelques « Ah » et sans doute pas mal de « heu », il a eu l’air mi-peiné mi-consterné, m’a dit que c’était pas grave si je ne m’en souvenais plus mais qu’il n’allait pas non plus me sortir ses papiers d’identité pour me prouver qu’il s’appelle vraiment Jean-Pierre.
Inutile de dire qu’à cet instant précis j’étais en train de me raccrocher péniblement par l'auriculaire à l’ultime branche du grand arbre du malaise... alors j’ai tenté une nouvelle diversion :

- Ah mais donc tu habites dans le quartier maintenant ?

Il a soupiré en me regardant droit dans les yeux, un regard qui voulait dire en substance ce qu'il se retenait sans doute d'exprimer de vive-voix et que je n'arrivais pas encore bien à identifier clairement.

- J’habite ici depuis des années. D’ailleurs t’étais venue chez moi, dans la rue juste derrière. T'as oublié ça aussi.

J'avais oublié ça aussi. C'est donc là que j'ai saisi que ce regard qui voulait dire en substance ce qu'il se retenait sans doute d'exprimer de vive-voix signifiait "Connasse".

Se sentir con est un art que je pratique avec talent depuis des lustres (s'il était récompensé par des Oscars, je serais Meryl Streep, au moins), mais j'ai rarement eu autant envie de me dissoudre dans mon verre que ce soir-là.
Je lui ai redonné mon numéro en lui disant que ça me ferait plaisir de reprendre un verre avec lui à l'occasion, ce qui était très sincère, car contre toute attente, il se trouve que je ne suis pas vraiment une connasse, puis je suis allée retrouver ma rousse amie pour fumer une cigarette... quand je suis revenue, il était parti.

Jean-Pierre, si tu me lis, promis, je répondrai si tu me rappelles.

lundi 7 décembre 2015

La première fois...

La première fois de ma vie que j’ai voté, c’était le 21 avril 2002.

J’avais 19 ans, et la politique était la dernière de mes préoccupations : non seulement je n'y connaissais rien, mais on peut dire que je n'en avais rien à carrer. Je crois que j'étais encore traumatisée par le Bébête Show et son ambiance franchouillarde, avec ces marionnettes dégueulasses qui parlaient de trucs totalement abscons à mes oreilles. Par ailleurs, j'avais l'impression de voir les mêmes vieux types depuis toujours à la télé, et je ne me sentais concernée en rien par leurs paroles. 

Dans mon entourage, j'entendais « Il faut voter Jospin », mais je me disais « Comment ça « Il faut »? On me donnait le droit de voter pour qui je voulais, alors pourquoi devais-je donner ma voix à cette austère mémé en costume-cravate?  Je n’avais pas franchement conscience de ce qu’était le vote « utile », et encore moins des pouvoirs qu’on accordait aux politiciens en les élisant.

Alors, ce 21 avril 2002, j’ai voté pour Olivier Besancenot,  parce qu’il avait l’air d’un mec normal : il était facteur, je comprenais ce qu’il disait quand il s’exprimait, et il avait de bonnes joues (j'aime bien, c'est mignon).

Ce soir-là, j'étais avec ma mère, qui faisait du repassage devant la télé. Elle n'avait pas voté, puisqu'en tant que non-française, personne ne lui demandait son avis. Quand, à l'annonce des résultats, la boursouflure qui sert de faciès à Jean-Marie Le Pen est apparue sur l'écran, elle a dit en polonais un truc du genre "Ah. Bon. Ben on va tous devoir rentrer chez nous je crois bien.", et moi je suis restée complètement abasourdie.
Jusque-là je n'avais jamais perçu le FN comme une menace réelle : pour moi c'était  juste un groupuscule de demeurés racistes dont on parlait seulement pour s'en indigner, et je croyais qu'il n'y avait qu'une poignée de chasseurs avinés au fin fond de ces villages où l'on cause encore en patois pour leur accorder du crédit.
Il faut dire que j'ai grandi dans une commune du 93, dont je n'étais sortie que pour faire des expéditions à Paris, et où l'on était tous plus ou moins issus de l'immigration : naïvement, je pensais qu'on était complètement représentatifs de la France, je ne comprenais donc absolument pas comment Le Pen avait pu faire un tel score.

Le jour du second tour, j'étais chez mon mec de l'époque, qui habitait dans le 77 (j''avais pas trouvé plus près) et chez qui je passais mes week-ends . Je l'ai abandonné là pour retourner dans mon 93 et courir à mon bureau de vote in extremis avant la fermeture.
Renoncer à la perspective d'une soirée de sexe pour voter Chirac quand t'as 19 ans, ça se pose là, dans le genre souvenir de merde. Mais tu te dis que ça n'arrivera plus, que c'est pour la bonne cause.
Et effectivement, après ce sursaut national mêlé de prise de conscience et de honte, je pensais vraiment que ça nous avait servi de leçon à tous et que ça ne pourrait plus se reproduire.

Mais alors, quel est donc ce fuck, près de quinze ans après? Qu'est-ce qui se passe dans la tête de ces 30% de votants? Certes, c'est tout sauf une surprise, mais quand même, c'est rude.

D'abord, je pense à toutes les femmes qui ont voté FN: pour moi c'est du même acabit que les homosexuels militants de la Manif Pour Tous, ça me dépasse.
Qu'est-ce qui vous arrive les filles? Vous trouvez que vous avez trop de privilèges? Trop de droits? La vie vous semble trop facile? Vous avez envie de pimenter le game en ajoutant de la difficulté?

En PACA vous avez donc voté en masse pour une gamine de 25 ans, con comme une doudoune sans manches, qui entend mettre fin à la "banalisation de l'avortement" en coupant les subventions de structures qui ont pour vocation de faciliter l'accès à la contraception pour toutes. Logique implacable.

Et quand vous voyez ce qui se passe dans les municipalités FN, ça vous fait donc sérieusement bander? C'est ça votre ambition pour la France? Déclarer la guerre aux kébabs, ficher les enfants qui portent des noms à consonance arabe, mettre des bâtons dans les roues des familles qui ne bouffent pas de porc, supprimer les ateliers de danse du ventre parce que hein, quand même, ici c'est la France, pas la Bougnoulie?

La haine de l'autre et le retour à des valeurs moyenâgeuses, c'est ça votre réponse à la précarité et à l'insécurité? Vous vous faites pipi dessus à cause de Daesh et vous croyez que c'est une bande de beaufs qui agitent des crèches de Noël en saucisson qui vont vous sauver?

C'est vous, la vraie menace, et vous me faites peur.

jeudi 26 novembre 2015

Réhabilitation de la chaudière

En général tu te manifestes par des textos tard le soir ou au milieu de la nuit, quand tu n'as pas sommeil, ou quand tu es un peu cuicuit et que tu as une érection dont tu ne sais pas trop quoi faire. Ce serait bête de gâcher. Peut-être que ta copine avait ses ragnoutes ce soir, ou que ce rencard Tinder dans lequel tu plaçais moult espoirs libidineux s'est avéré décevant, on sait pas trop...
Parfois, tu n'as pas donné le moindre signe de vie depuis des mois, alors pour bien montrer que tu n'as pas tapé le message avec ton pénis, tu demandes d'abord si elle va bien. Au fond tu t'en fous un peu, de comment elle va, et tu espères qu'elle ne va pas te répondre avec un pavé te narrant ses embrouilles avec Marie-Choune de la compta ou la dernière gastro de son cochon d'Inde ; c'est juste un vestige des quelques préceptes de politesse que ta maman t'a inculqué il y a longtemps dans l'espoir de faire de toi autre chose qu'un fruste bourrin.

Elle, elle n'est ni bombasse ni hideuse, peut-être que certains la trouvent canon, et d'autres dégueulasse, on sait pas trop... Un jour, quelqu'un lui a dit "Non mais t'es belle pour ceux qui savent te regarder", ce qui veut plus ou moins dire "Je me retournerais sans doute pas sur toi dans la rue, mais y a quelque chose...". Ce "quelque chose" c'est peut-être ce qui t'a donné envie de monter chez elle la première fois après quelques pintes. Elle était sympa et détendue, et elle ne t'a pas parlé d'un hypothétique désir de fonder un foyer pendant que tu faisais laborieusement un petit noeud à la capote avant de la jeter à la poubelle, alors en remontant ta braguette et en disant "Merci c'était cool, on se rappelle", tu as pensé : "Je me la garde dans un coin de mon répertoire, ça peut resservir.".
T'as pris un taxi et le lendemain en te réveillant tu ne te souvenais plus trop d'elle et de ta soirée. Ça t'est revenu après le premier café, "Ah mais ouais, cette nana hier...".

Puis ta vie a repris son cours, avec ta copine, ou avec Solange Le Plouerec (ta collègue/fantasme qui te chauffe comme pas possible), ou cette ex dont tu ne guéris pas et avec qui "c'est compliqué". Vous vous êtes séparés parce que vous n'aviez pas les mêmes attentes mais quand même "c'est dur, on arrive pas à se détacher l'un de l'autre, on est tellement compatibles putain!". Elle repasse régulièrement chez toi, officiellement pour prendre des nouvelles du chien parce que c'était un peu comme votre bébé, sa maman lui manque tu comprends, et ça finit invariablement de manière copulatoire, suivi d'un réveil aussi malaisant qu'une pub Nescafé des années 90... (bref, remettez vous ensemble et nous cassez pas les noix, merci.)

Et de temps en temps, cette nana dont tu t'es dit qu'elle pourrait "resservir", tu t'en ressers, donc. Une fois par semaine, ou par mois, ou par trimestre... on sait pas trop. Parce qu'il faut bien être autre chose qu'un fruste bourrin, tu l'écoutes quand elle te parle d'elle, mais tu oublies, alors tu lui reposes les mêmes questions la semaine, le mois ou le trimestre suivant... Un jour, elle t'a envoyé un message pour te dire qu'elle aimait bien les moments passés avec toi ; t'as pris peur (peur de quoi? On sait pas trop...), et ta grandeur d'âme t'a fait prendre la décision de ne pas lui répondre et de ne plus la rappeler parce que hein, bon, tu voudrais pas qu'elle se fasse des films sur "nous". D'ailleurs y a jamais eu de "nous", c'est pas parce que vous vous amusez mutuellement avec vos parties génitales une fois par semaine, mois ou trimestre qu'elle a une quelconque place dans ta vie, faut pas déconner.
Alors tu n'as plus donné signe de vie jusqu'à une nouvelle soirée cuicuite et sans sommeil où tu t'es retrouvé comme un con avec une érection dont tu ne savais pas trop quoi faire.

Et bien tu vois, cette fille qui n'est pour toi qu'une chaudière quelconque mérite pourtant tout ton respect, mon brave. Ta copine s'est barrée avec un argentin plus beau et drôle que toi et ça t'a foutu un gros kick dans l'égo. Solange Le Plouerec a mis fin à vos ébats fugaces derrière la photocopieuse parce qu'elle s'est rendue compte que c'était compliqué pour elle de gérer le zob in job, et ça t'a démoralisé. Quant à ton ex, elle est toujours là, en pointillés, à souffler le chaud et le froid et à te retourner le coeur et le bide (même depuis que le chien est mort ; tu commences à te douter qu'il ne s'agissait là que d'un alibi, champion va!)

Alors que, même si elle ne fait que de la figuration dans ta vie, tu n'auras jamais mal en repensant à cette fille-là. Tu ne parleras jamais d'elle avec la gorge nouée. Tu ne regarderas jamais ses photos en chouinant avec "Someone like you" d'Adele dans les oreilles (d'ailleurs, tu n'as aucune photo d'elle dans ton téléphone). Tu ne seras jamais dévasté par le manque d'elle. Elle n'aura jamais fait palpiter chez toi autre chose que ton slip, certes, mais elle ne t'aura laissé que de bons souvenirs. Elle aura sauvé certaines de tes soirées solitaires, t'aura donné ce que tu voulais et pris ce qu'il y avait à prendre, bref, elle ne t'aura fait que tu bien, et rien que pour ça, monsieur, elle mérite ta reconnaissance.

dimanche 15 novembre 2015

14.11.2015


En janvier, on était tous assommés, mais on avait plus ou moins saisi tes raisons. Je te cache pas que "Il m'a vexé avec son dessin", c'est vraiment une excuse de cour de récré et que, entre nous, ça ne justifiait pas tout ce foin. Même moi, tu vois, parfois, devant les dessins de Charb, Cabu ou Tignous, je me suis dit "Rhooo ils abusent ces cons!", mais étrangement, l'idée d'attraper la première Kalach venue pour aller leur démonter la gueule ne m'a jamais effleuré l'esprit. C'est peut-être parce que je suis une personne équilibrée, au fond.
Et je ne parle même pas de l'envie d'aller descendre des gens qui venaient tranquillement faire leurs emplettes à l'Hypercacher et qui, elles, ne t'ont strictement rien fait, pas même un petit gribouillis de ta mère en slip; rien, nada. Buter un type qui cherchait juste à acheter des cornichons casher, c'est quand même un truc de petite bite, et pour ce genre de complexes, la chirurgie ou un club de parole auraient sans doute pu mieux te soulager, mec.

Mais alors là, j'ai plus de mots. C'est plus une rédaction, ou une communauté que t'as décidé de viser, c'est juste "les gens". Tous ceux qui profitent de la vie, qui sortent le soir après le boulot, qui boivent, qui rient, qui s'embrassent, qui emmènent leurs gamins voir un match ou qui vont s'enjailler à un concert... L'humanité quoi, ce truc dont tu fais pourtant toi-même partie et dont, pour d'obscures raisons qui m'échapperont toujours, t'as décidé de te désolidariser.
Vouloir crever en martyr en tirant dans le dos de jeunes gens trippant sur Eagles of Death Metal, putain, tu dois être fier, c'est héroïque ça mon con!

Tu fous la honte à tout le monde mec : à moi, à nous, à tes concitoyens, à tes coreligionnaires qui une fois de plus vont devoir payer pour tes conneries, et même à ton dieu, qui s'il existe doit être en train de facepalmer à s'en fracasser le front en te regardant foutre autant la merde.

La religion, ça me gonfle à un point que tu ne saurais même pas imaginer (et pourtant t'as l'air d'en avoir, de l'imagination, dis-donc...), mais j'ai une mère catho et un père musulman pratiquants, et je pense être en mesure d'affirmer que ce que tu fais n'a rien à voir avec la foi. Ta personne toute entière est une insulte à ta religion. Par ailleurs, t'es assez con pour aller te faire exploser dans des mosquées, ce qui prouve bien que tu ne respectes rien, pas même ton propre culte, et que tu n'as qu'un anus diarrhéique en guise de cerveau.

Tu dois penser que t'as réussi ton coup, parce qu'effectivement, en rentrant chez moi à pied ce soir, j'ai eu la tristesse de constater que les rues de l'est parisien étaient aussi mornes ce samedi soir qu'un lundi en plein mois d'août.
J'imagine qu'il faut nous laisser le temps de pleurer nos morts.
Mais demain on recommencera à boire, à rire, à s'engueuler aux terrasses des cafés puis rentrer chez nous bourrés pour baiser à tue-tête, pendant que toi tu seras comme un con à astiquer ton fusil sans réaliser que ta vie ne vaut pas plus que la nôtre, et ta mort encore moins.

J'espère qu'à l'heure où je te parle, tu te fais gang-banguer à sec par tes 72 vierges munies de godes cloutés, et qu'elles ont toutes la gueule de Nadine Morano.
Tu l'auras bien méritée, ta récompense.

vendredi 13 novembre 2015

Brève de nuit

Récemment je suis entrée dans une épicerie de nuit avec un ami pour acheter à boire, parce que tous les bars avaient fermé leurs portes et que la bière avait un goût de reviens-y. Je hoquetais douloureusement devant la caisse en attendant que le cher ami aille chercher dans les rayons de quoi nous abreuver (parce que je ne suis pas une femme moderne et que j'estime que c'est à l'homme qu'incombe ce genre de mission, sinon à quoi bon s'acoquiner avec ce genre d'individus?), et au moment où il est réapparu pour payer nos canettes, l'épicier m'a demandé d'ouvrir mon sac, parce que selon lui j'avais discrètement glissé un article dedans.

Mon cerveau a fait "Gné?" et ma bouche a dit "Hein?", pendant que mes yeux atteignaient la circonférence du melon d'Alain Delon (laissez-moi capillotracter en paix, merci.).

- Hein?
- Je vous ai vue, vous avez mis quelque chose dans votre sac.
- Mais... vous m'avez vue mettre quoi? Et quand? J'ai pas bougé d'ici!
- Si. Vous avez mis quelque chose dedans.
- Sérieux?
- Ecoutez, on va pas y passer la nuit, ouvrez votre sac et montrez-moi ce que vous avez volé.
- Mais j'ai rien volé, vous êtes dingue!
- Allez-y ouvrez!

J'étais trop heureuse d'être sur le point de lui donner tort et j'ai commencé par poser mon sac sur le comptoir comme on pose ses couilles sur la table (sauf que mon sac est plus joli et plus lourd qu'une paire de testicouilles). C'est là que le type m'a stoppé d'un geste et m'a dit:

- Vous avez toujours le hoquet?

J'ai fait la même tête que Bernadette Soubirous quand elle a vu la vierge et j'ai balbutié :

- Je... bah... non!

- Parfait! Bon ben ça fera six euros pour les canettes.

Voilà.
Si tu cherches des bières et un génie au milieu de la nuit, tu les trouveras dans une épicerie à Marcadet.

jeudi 5 novembre 2015

Le miracle de la vie



Alors que j’avais autour de sept ou huit ans et que j’eus épuisé toutes les ressources des rayons jeunesse de la bibliothèque municipale de mon petit bled de banlieue, je me suis résolue à descendre explorer l’étage des adultes.  
J’ai vaqué entre les différentes thématiques, jusqu’à ce que je finisse par atterrir tout au fond de la bibliothèque, dans son coin le plus reculé, là où se trouvait l’obscur rayon qui me faisait de l’œil depuis un moment mais que je n’osais pas approcher, tellement ça m’apparaissait comme la transgression ultime : le rayon sexualité. J'avais cru comprendre que le sexe était quelque chose qui représentait des enjeux importants pour les grandes personnes, et j’avais donc fort soif d'apprendre pourquoi. 

Si j'avais su ce qui m'attendait ce jour là, je me serais tenue loin, trèèèès loin de ces étagères, et je me serais contentée de relire La sorcière de la rue Mouffetard ad vitam aeternam. 
En feuilletant un livre sur la grossesse, j'ai eu le plus gros choc de ma jeune vie (ex-aequo avec la fois où j'ai réalisé que c'était ma mère déguisée en Père Noël qui amenait les cadeaux sous le sapin) : une photo d'accouchement. Pas un schéma, pas un dessin... UNE PHOTO.
Une femme, jambes écartées, plein de poils, de sang, de matières organiques non-identifiées, et une petite tête dégueu, là, qui dépassait.

Inutile de préciser qu'à cette époque je pensais encore qu'on pouvait faire des bébés juste en se faisant un smack sur la bouche, et que je n'avais pas la moindre idée de la manière dont ils venaient au monde. Je devais m'imaginer qu'ils étaient aspirés dehors par le nombril de la mère, c'était la seule utilité que j'entrevoyais à ce trou idiot au milieu du bide. Que les garçons en aient un aussi ne m'avait jamais interpellé plus que ça (il faut dire que j'étais pas le crayon le plus aiguisé de la boîte, hein...).

C'était donc ça "avoir un enfant"? Le rêve d'avenir de la majorité des petites filles? Dégueuler une créature par le frifri?
Je suis rentrée chez moi traumatisée, et je suis restée longtemps prostrée dans mon lit en position foetale en réfléchissant aux stratagèmes que je pourrais élaborer pour échapper à cette malédiction (parce que oui, je croyais que, sauf dérogation exceptionnelle, toutes les femmes étaient destinées à avoir des enfants un jour...)
Ça me paraissait trop affreux pour que des femmes décident de leur plein gré de s'infliger un truc pareil, je me disais que la réalité de l'accouchement devait être un secret dont personne n'avait connaissance, en dehors des parturientes elles-mêmes, et que celles-ci décidaient de ne rien révéler au reste du monde et parfois même, par abnégation, d'accoucher plusieurs fois pour éviter une baisse drastique des naissances jusqu'à extinction définitive de l'espèce.

Bref, ce jour là, j'ai décidé que je n'aurais jamais d'enfant.
Je me voyais négocier avec mon futur mari Tony (je prévoyais d'épouser Tony Micelli, c'était le seul mec que j'avais vu passer l'aspirateur dans ma vie, je trouvais ça pratique) en lui vantant les bienfaits de l'adoption si vraiment il tenait tant que ça à avoir une descendance.

Aujourd'hui, le traumatisme s'est certes estompé, mais je n'ai toujours pas envie d'avoir d'enfants, pour plein d'autres raisons qui sont venues s'additionner à cette image sortie tout droit du neuvième cercle des enfers.
Et même, jusqu'à très récemment, les enfants suscitaient en moi au mieux une indifférence polie, au pire un profond agacement qui m'aurait permis de trouver parfaitement justifié que certains parents abandonnent leur progéniture sur une aire d'autoroute. Pour moi les nourrissons avaient tous le même faciès fripé et je ne comprenais pas ce qui pouvait pousser les gens à s'extasier sur ces trolls pleins de bave. Il m'est arrivé de dégager de Facebook des connaissances qui expliquaient en toute simplicité dans leurs statuts, photos à l'appui, que Timéo avait fait caca mou ce matin (mention spéciale aux commentaires : "Pauvre loulou! Courage, Maélyne était constipée hier mais aujourd'hui ça va mieux, elle nous a démoulé une crottoune de toute beauté!").
J'étais perplexité.

Et puis, au début de cette année, ma propre soeur m'a annoncé qu'elle était enceinte. De jumeaux. Elle avait beau être en couple depuis dix piges, l'idée qu'elle puisse enfanter ne m'avait à vrai dire quasiment jamais traversé la cervelle. C'était ma grande soeur, quoi ; cet être qui s'amusait à me pousser dans les orties quand on était petites, et qui me faisait la gueule pendant trois semaines quand je lui piquais ses fringues, mais que j'ai toujours admiré parce que hey, c'est l'aînée, et qu'elle a trop la classe.
La preuve, même quand elle fait des enfants, BIM, elle en fait deux d'un coup.
Ce jour-là mon cerveau a fait un triple lutz dans mon crâne et est visiblement retombé à l'envers, parce que cette annonce a été une des plus grandes joies de mon existence. J'allais pouvoir transmettre plein de trucs à des êtres innocents tout en échappant aux contraintes de la maternité. Le deal de rêve.

Depuis leur naissance, c'est comme si toutes les mamounettes du topic maternité de Doctissimo avaient pris soudainement possession de mon esprit, et je suis passée du côté obscur; celui des femmes qui ont des photos de bébés dans leur portefeuille, qui emploient des termes comme "mes petits anges"ou "p'tite bouille d'amour" et qui arrivent à caser dans n'importe quelle conversation qu'elles sont tatas...

J'ai compris que j'étais foutue quand je me suis surprise à m'émouvoir en regardant en boucle une vidéo d'un de mes neveux qui lâche une caisse.
Le prout comme allégorie du miracle de la vie.

Aujourd'hui, j'ai presqu'envie de demander pardon à tous ces parents mièvres que j'ai jugés trop durement. Désolée les gars. Je pouvais pas savoir. Je comprends un peu mieux maintenant.

Mais vous emballez pas trop non plus ; ce sont mes neveux les plus beaux.